Reproduction
de
la Dionée

Homepage > Dionée

Il existe plusieurs manières de reproduire la Dionée (Dionaea muscipula) : la reproduction sexuée par graines, la division du rhizome, la séparation de feuilles avec méristème basal, la génération directe de plantules à partir du limbe d'une feuille et la culture in vitro. Vous pouvez utiliser directement le menu ci-dessous ou lire l'introduction qui présente les mêmes liens.

Généralités
Reproduction par graines
Division du rhizome
Un peu de génétique
Variation somaclonale
Bouture de feuille complète
Bouture de feuille partielle
La culture in vitro

© 2008 CarniBase

Généralités

Il s'agit dans plusieurs cas plutôt de techniques différentes que de mécanismes différents. A part la production de graines, qui crée des souches (clones) nouvelles, les autres reposent toujours sur l'existence de cellules capables de régénérer des individus entiers et qualifiées pour cela de "totipotentes". Elles existent à l'aisselle des feuilles en particulier, que celles-ci soient des feuilles banales ou des préfeuilles, languettes vertes qui se trouvent sur les hampes florales. Lorsqu'elles commencent leur croissance, on voit apparaître une sorte de bouton et on parle quelquefois de "bourgeon".

En cas de nécessité, certaines cellules des plantes vertes peuvent retrouver cet état "primitif", on dit qu'elles se dédifférencient. Dans le cas des Dionées, j'ignore si des cellules totipotentes existent déjà dans la feuille (à la manière des cellules souches animales) ou si elles apparaissent à partir d'une dédifférenciation : finalement, pour nous, cela n'a aucune importance ! Dans certains cas, un morceau de feuille pourra donc produire des plantes entières, ce qui est un spectacle que personnellement je ne me lasse pas, mais il y a quelques principes à respecter.Retour en haut de page

La reproduction par graines

Elle est simple mais la croissance des plants prendra plusieurs années, quatre jusqu'à leur floraison. N'oubliez pas que les plantes obtenues ne portent plus le nom de la variété d'origine car les gènes ont été remaniés - voir plus bas. A cause de cette erreur beaucoup de "Royal Red" par exemple n'en sont pas au sens stict.

Production des graines

Le pollen très lourd de la Dionée est transporté habituellement par les insectes butineurs mais absolument pas par le vent : pour une hybridation, veillez à isoler les fleurs sous peine de contamination avec un pollen inconnu. Je soupçonne également certains micro-insectes collemboles (qui squattent ces fleurs) de provoquer quelques autofécondation. Je ne sais pas s'ils se nourrissent du pollen ou du nectar mais ils mettent uns jolie pagaille car le pollen se trouve éparpillé ! Si vous remarqué un el éparpillement, ouvrez l'oeil est vous observerez sans doute une petite colonie de ces microscopiques insectes très sombres et très allongés, totalement inoffensifs.

Pour une fécondation artificielle, il suffit de prendre le pollen d'une fleur et de le déposer sur le pistil (central) d'une autre fleur, dont le stgmate en étoile est bien ouvert. Le pollen est mûr plus tôt que celui-ci et vous ne pourrez l'utiliser que sur une fleur plus avancée, ou attendre deux ou trois jours que le pistil écarte ses branches mais le pollen est déjà moins fécondant.

Observez les différents stades nettement visibles sur cette photo de la variété "Sawtooth" (ex-"Dentata"). Notez que les pétales sont anormaux ! Voir à ce sujet la galerie présentant les anomalies.

J'utilise des pinces dites brucelles - et non "bruxelles" . Ces pinces aux pointes d'une grande finesse permettent d'extraire les étamines une par une si nécessaire et il est facile d'enlever avec les doigts les grains de pollen restants, bien visibles, afin de ne pas mélanger les origines. A la rigueur une pince à épiler peut convenir.
L'étamine arrachée juste sous l'anthère est retournée et appliquée directement sur le pistil, vite saturé de grains de pollen. La technique au pinceau n'est pas adaptée car les poils jouent le rôle de ressort, projettent du pollen partout sauf là où l'on veut et sont moins faciles à nettoyer !
Dès l'enroulement des pétales, la fleur devient peu réceptive : inutile de continuer avec celle-ci.
Ensuite, on peut observer chaque jour le grossissement de l'ovaire (en gros, la zone sous le pistil) qui a déjà commencé.
La récolte se fait dès le noircissement complet et final de l'ovaire. Ce gonflement augmente avec le nombre de graines mais il peut aussi être excessif et ne donner finalement que deux ou trois graines ! N'attendez pas davantage pour la récolte, car les graines sont très peu maintenues, elles se poussent les unes les autres et tombent très facilement. Le dessèchement de la base de la fleur mourante réduit encore la surface portante, ce qui facilite encore plus leur éjection. Elles sont noires, parfaitement lisses et brillantes, autant dire difficile à retrouver sur la tourbe ! Si un jour vous voyez une graine germée, une plantule avec ses deux cotylédons vert, surtout ne la laissez pas dans ce pot : ce n'est plus le même clone !
Si le noircissement est apparu très tôt, avec une flétrissure plus ou moins nette de la base de la fleur, c'est qu'il n'y a pas eu fécondation : il n'y a pas de graines mais de très petits ovules stériles que l'on peut confondre avec celles-ci tant que l'on n'a pas vu les "vraies". Si vous avez un doute, cherchez bien, vous en trouverez peut-être deux ou trois mais n'y comptez pas trop... Voyez leur aspect normal dans l'agrandissement de cette photo (cliquer).

Fleurs géantes d'une variété horticole elle-même géante, la "South West Giant".

Hampe florale avec graines visibles (les fruits se sont déchirés spontanément)

Le semis

Il ne présente aucune difficulté :

Substrat utilisé
Votre mélange habituel (voir Substrats) convient très bien mais la surface doit être bien lisse donc il faut lui préférer une composition un peu différente au niveau granulométrie : les micro-reliefs peuvent faciliter le dessèchement des graines qui y sont restées accrochées. Le mieux est une tourbe fine, pure, fraîche, éventuellement tamisée pour enlever les grosses fibres, etc. et déposée sur le mélange habituel.

Disposition
Les graines sont simplement déposées directement puis très délicatement vaporisées. Elle doivent être à 3 cm de distance au moins les unes des autres, si possible, pour permettre une croissance convenable avant rempotage. Il y a intérêt aussi à faire un quadrillage et de déposer les graines aux intersections car on peut repérer facilement les graines récalcitrantes.

Emplacement
Certains conseillent de laisser le semis sous une plaque de verre ou dans un milieu confiné type terrarium afin d'éviter un air trop sec. J'évite cette approche pour les raisons suivantes :
- Lorsque le soleil tourne il n'est pas rare de faire tout crever à cause d'un réchauffement excessif.
- L'air confiné est plus riche en CO2 et au début de la germination ce n'est pas bon pour les graines qui ont besoin de beaucoup d'oxygène pour consommer leurs sucres mais n'en produise pas. Évidemment, c'est tout de même modéré vu la taille de celles-ci.
- Si vous laissez les plantules dans ce milieu, surtout avec d'autres plantes plus grosses, c'est l'inverse qui va ensuite se produire. Le CO2 nécessaire à la photosynthèse sera rapidement consommé par les grandes plantes et la croissance du semis ralentira. N'oubliez pas que la teneur naturelle de l'air en CO2 serait optimale si elle était six fois plus concentrée, c'est dire...
- La plantule produit très vite une grosse racine de plus d'un centimètre qui plonge verticalement et peut parfaitement compenser l'eau nécessaire en même temps qu'elle absorbe plus facilement quelques sels minéraux, tout de même présents. L'espace ouvert stimule donc les capacités d'échange, le système circulatoire de la sève, la vigueur de la plante et le fonctionnement général.
- Enfin et surtout, la phase de sortie à l'air libre est délicate (durée d'un mois, pas de soleil direct),

Ainsi, il vaut mieux laisser le niveau de l'eau à trois centimètres en dessous de la surface pour garantir l'humidité du sol (sans qu'il ne soit détrempé) mais éviter d'empêcher l'évaporation et plus particulièrement l'évapotranspiration. De cette manière, les plantes sont habituées à l'air ambiant et il n'y a plus de période de sevrage - sortie à l'air libre.

Attention : le moindre dessèchement, même d'une heure, suffit à tuer les graines en germination.

Période des semailles
Certains sèment immédiatement après la floraison, imitant en cela la nature. Mais la nature n'a pas forcément les meilleurs rendements ! A l'état sauvage, il y a toujours intérêt à ce que quelques graines germent très tardivement : elle échapperont peut-être à une sécheresse et sauveront la lignée... Les expériences scientifiques montrent que le pourcentage de germination chez la Dionée est faible (20 %) s'il n'y a pas un passage au froid (4° C) pendant au moins quatre semaines. Vous trouverez quelques infos en anglais en suivant ce lien. A noter qu'une température normale pendant un an a un effet comparable au froid car le produit bloquant qui disparait au froid se dégrade à température ambiante. De manière générale, je vous conseille systématiquement de placer les graines de toutes vos plantes au réfrigérateur dès qu'elles sont sèches. Elles seront activées quand vous voudrez vous en servir mais elles se conserveront bien mieux en attendant. Après quatre ans, j'ai obtenu encore beaucoup de germinations de graines pourtant réputées pour leur faible conservation (Pinguicula) et je constate cela tous les ans...

Durée de la germination
Au bout de quatre à six semaines, les graines laisseront sortir le germe puis deux petit cotylédons verts qui serviront de panneaux solaires pour fournir de l'énergie à la plantule. Quelquefois, les cotylédons ne peuvent vraiment pas grandir, coincés dans l'enveloppe de la graine. Avec une aiguille ou des pinces brucelles il suffit de retenir la plantule en terre et tirer très délicatement sur l'enveloppe entre les doigts pour la dégager : maladroits s'abstenir...
Dans le mois qui suit, une première feuille avec piège fonctionnel apparaîtra. Sa forme est un peu plus carrée que la normale. Très vite vous pourrez voir si la couleur rouge ou le type prostré des feuilles a été conservé mais cela s'arrête là. Une fourmis morte fera très bien l'affaire pour la nourrir . On m'a rapporté le cas de semis abondammant nourri spontanément grâce à la présence de diploures, ou de collemboles, ces insectes "microscopiques" qui sautent facilement.
Les germinations retardataires ne sont pas rares : c'est une bonne protection naturelle contre les gelées tardives dévastatrices.

Remarque classique sur le nom des variétés après semis
Un inconvénient de la reproduction par graines (donc sexuelle) est la perte du clone (c'est dire, en fait, de la souche, de la lignée d'origine) : le patrimoine génétique de la graine est obligatoirement une recombinaison de la moitié des gènes de chaque parent et perte de l'autre moitié. Le contenu des gènes est donc très souvent différent et donc, théoriquement, les caractères de la plante. Voir les explications dans le chapitre suivant. C'est aussi vrai dans le cas d'autofécondation mais dans ce cas, c'est pire : non seulement on perd la moitié des gènes mais on double le nombre des autres. S'ils sont normaux, cela peut-être pour conséquence de faire ressortir un caractère intéressant, mais s'ils sont défectueux, ils ne seront pas compensés par l'autre. Le résultat peut très bien être une plantule chétive, maladive... Cette situation est tout à fait comparable à une consanguinité. Comme dirait Pagnol, "si c'est pas bon pour les lapins, c'est pas bon pour les Dionées" .
Cette particularité peut être un avantage si l'on cherche à obtenir des variations à partir des caractères des deux parents d'origine. C'est une pochette surprise et on trouve rarement une perle : bonne chance donc .

Il y a ainsi beaucoup de "Royal Red" qui n'en sont pas : les graines donnent des formes rouges, d'accord, mais vous verrez que dans le semis toutes les plantes ne sont pas identiques. Même si elles le sont, cela ne sera pas forcément le cas quand elles seront plus grandes ou pendant une autre saison, etc.

La plupart du temps vous perdrez aussi les caractères remarquables de la variété, qui ne se transmettent que par bouturage. Retour en haut de page

Un peu de génétique

Les variétés de culture ("cultivars") portent des noms, comme 'Paradisia', 'Spider', 'Fang', etc. toujours écrits ainsi, avec majuscule et guillemets ou leur équivalent anglais, des apostrophes. Elles ont été sélectionnées mais ne sont pas des races pures génétiquement et peuvent donc être reproduites par tous les moyens SAUF par graine. La reproduction sexuée redistribue les gènes et le résultat est aléatoire, la probabilité pour retomber sur la même répartition que le cultivar est très faible. Il est intéressant de comprendre pourquoi, c'est le moment idéal pour expliquer un peu la génétique de la plante et en tirer quelques conclusions :

Le nombre de chromosomes est curieusement mal connu car trois études donnent des chiffres différents ! D'après C. Smith il s'agirait d'un total de 30, pour Behre il y en aurait 32 et enfin pour Kondo et Hoshi il s'agirait de 33. Ils n'ont pas travaillé avec les mêmes clones et il arrive que des chromosomes se brisent, augmentant leur nombre du même coup.

On remarque qu'avec 33, la plante ne pourrait pas être diploïde (2n) mais triploïde avec n=11 : on aurait alors 3n = 3 x 11 = 33. Mais cela pose un problème majeur : les plantes triploïdes sont stériles ! Ce résultat me paraît donc très bizarre...
Avec 32, on a 2 x 2 x2 x 2 x2 et la plante pourrait donc être en 2n = 2 x 16, 4n = 4 x 8, 8n = 8 x 4, voire même théoriquement 16n = 16 x 2 mais ce dernier cas est certainement instable, impossible...
Avec 30, les possibilités sont plus faibles puisque 30 = 2 x 3 x 5 : il ne reste comme possibilité que 2n = 2 x 15, 3n = 3 x 10 et 5n = 5 x 6. On a encore un cas triploïde et maintenant un cas pentaploïde... Le plus vraisemblable est cette formule de 2n = 30 mais le principe est le même avec d'autres valeurs. Les 30 chromosomes seraient donc groupés par paires comme chez les Humains mais au nombre de 30/2 = 15.
Appelons A et B chacun des deux chromosomes de la première paire, pour les distinguer puisqu'ils sont a priori considérés comme différents, l'un venant du plant mère et l'autre du plant père. Cette paire peut être écrite AB.
L'ovule dans la fleur aura forcément un des deux chromosomes donc soit, A soit, B. C'est pareil pour le pollen coté mâle. La graine (et la future plante) qui en résulte peut donc réunir les paires suivantes : AA, BB, AB ou BA. Ces deux dernières combinaisons sont évidemment identiques et correspondent à la plante mère. On voit que l'on a deux chances sur quatre d'avoir la même paire que le plant d'origine, soit une chance sur deux, que l'on peut écrire 1/2. A chaque fois que l'on ajoute une paire dans le calcul le nombre de possibilités est donc multiplié par 1/2, et cela 15 fois de suite ! Avec ces 15 paires, la probabilité pour que ce soit les mêmes combinaisons est plus précisément de 1/2 puissance 15, soit 1/32768 c'est-à-dire une chance sur 32768 !
Mais un autre phénomène intervient. Juste avant que les ovules ou les grains de pollen ne se forment, les chromosomes d'une même paire sont très proches et même emmêlés. Ils peuvent être tellement accolés qu'ils se croisent, se touchent et permutent des morceaux ayant les mêmes fonctions mais avec des gènes venant de l'autre parent. On appelle le processus "crossing-over" et la conséquence est une recombinaison génétique. Dans ce cas il n'y a plus de A et de B mais un A' et un B' et il est impossible évidemment d'obtenir une paire AB.
Il est donc malhonnête de distribuer en connaissance de cause des graines d'un cultivar, tout comme les plantes qui en résulte. A plus forte raison des plantes d'origine inconnue qui y ressemble ! Une 'Akai Ryu' ou une 'Royal Red' donne des graines a priori d'une forme rouge, très ressemblante à l'original mais qui ne peut plus porter le nom d'origine.

Variation somaclonale

Nombre de cultivars ont été obtenus accidentellement en culture in vitro grâce à un phénomène appelé "variation somaclonale". Le caractère intéressant n'est pas transmissible à la génération suivante en général...

La variation somaclonale est due à un défaut de séparation des chromosomes, qui se retrouvent mal répartis. Il en résulte qu'elle survient avec une probabilité qui augmente avec le nombre de cellules multipliées, donc le nombre de plants obtenus et la durée passée en culture in vitro.
Il est important de comprendre également que les variations somaclonales concernent aussi :
- des plants à l'aspect normal puisque des gènes surnuméraires ou en sous effectifs ne sont pas forcément accompagnés de conséquences, à plus forte raison visibles. Il en résulte que des plants multipliées in vitro apparemment normaux, conformes au clone, peuvent très bien ne pas être en réalité identiques génétiquement donc ne plus faire partie du clone... même si personne ne le voit ! Des différences pourront donc aussi apparaître tardivement chez l'un mais pas chez l'autre... Leurs hybrides avec d'autres clones pourront révéler, en revanche, des résultats différents.
- des plants issus de simple multiplication par bouture de feuille s'il y a dédifférenciation ! C'est statistiquement plus rare pour la simple raison que la phase de prolifération cellulaire est plus courte et moins intense qu'en culture in vitro.

Ensemble de Dionées en fleurs Ensemble assez spectaculaire de fleurs de Dionée.

On peut distinguer au sol, dans l'agrandissement, quelques Sarracenia flava rugelii de Ben Hill County (et non "Country" comme je l'ai cru) reconnaissables à leur splendide couleur vert-jaune et leur tache plus dense et alata 'Black Tube', jamais très "black" mais toujours très "Tube" .Retour en haut de page

La division du rhizome

Très simple et efficace.
Il suffit de tronquer celui-ci le plus proprement possible. Vu l'imbrication des feuilles et la finesse de l'axe, le plus simple est souvent de tirer tout simplement, souvent avec une légère rotation.
La pratique la plus sure consiste à diviser les touffes existantes mais le nombre obtenu est tout de même plus réduit, sauf pour les variétés géantes et dans le cas de plantes à peine sorties de culture in vitro - le rhizome à tendance alors à se ramifier de toutes parts. La division de touffe consiste, bien sûr, à séparer les couronnes déjà formées mais en réalité il y a bien une division du rhizome.

Les rhizomes sont des tiges souterraines et non des racines. Les feuilles qu'ils produisent comportent donc à leur aisselle, comme la plupart des feuilles, un amas de cellules capables de produire une tige. Si vous n'abîmez pas cette zone et que la feuille présente une racine, vous êtes sûr d'obtenir un nouveau plant.

Si vous n'avez pas encore de telles rosettes mais que le rhizome est assez grand, en particulier si la partie ancienne n'a plus de feuilles, vous pouvez (et avez même souvent intérêt) à le couper. C'est encore une division de rhizome mais cette fois c'est la tige principale que vous coupez et non plus une ramification. L'absence de feuille va stimuler la croissance de nos cellules totipotentes situées là où se trouvaient les feuilles.

Voici ce que l'on obtient avec une division maximale (à gauche le vieux rhizome originel et à droite les boutures successivement obtenues) :

Si vous souhaitez, en revanche, obtenir rapidement des plants de grande taille mais pas forcément en quantité, conservez des morceaux assez gros et limitez vos divisions aux pousses ou bourgeons existants.

Il peut se former spontanément sur les hampes florales vigoureuses des ramifications dites épitaxiales, et quelquefois de vrais rejetons sur lesquels apparaissent rapidement des racines. Chez les Orchidées on les appelle des keikis. Il n'y a pas d'explication certaine et démontrée à ce curieux phénomène, sinon il serait reproductible à volonté, mais on constate que des écarts thermiques importants, au printemps, favorisent cette apparition. Je pense qu'une sève montante, dans la hampe florale, d'une richesse largement supérieure aux besoins des fleurs pourrait intervenir mais ce n'est pas suffisant comme explication : pourquoi, alors, n'y aurait-il pas, plus simplement, davantage de fleurs ? A moins que le choc (ou l'accroissement de la sève) ait lieu après la formation des "embryons" de fleurs (?). Les hampes florales sont des tiges transformées, elles sont des ramifications du rhizome. Les fleurs sont assimilables à des rosettes de feuilles, chacune étant transformée en pétale, sépale ou étamines selon la position. On peut donc prendre le problème à l'envers : il y a un mécanisme normal qui provoque l'allongement considérable de la ramification qui va donner la hampe, sa croissance verticale, la formation de fleurs MAIS il y a quelque chose qui agit sur certains méristèmes :
- soit, pour les empêcher d'évoluer vers un pédoncule floral et sa fleur, provoquant spontanément l'orientation vers une tige classique feuillue puis de racines,
- soit, pour provoquer directement cette formation.
Ce "quelque chose" que l'on ne connait pas agit donc soit pas inhibition soit par activation.

(Photos extraites d'une vidéo VHS, d'où une qualité moyenne.)

Une feuille complètement séparée est capable de fournir assez d'énergie, lorsqu'elle est très bien éclairée, bien sûr, et de puiser dans sa propre matière (sacrifiée pour la bonne cause) pour nourrir les cellules totipotentes qui existent abondamment juste au point de fixation par lequel elle tenait sur son support. Il s'agit d'une banale bouture de feuille complète et généralement la masse de cellules donne une ou deux plantules. Celles-ci vont grandir vite car la matière est abondante, mais peu productif ! Quelquefois, si la base est manquante notamment, le pétiole est capable de produire quelques plantules (bouture de feuille partielle). C'est très variable selon la variété, Sawtooth/Dentata est très prolifique par exemple.
Mais attention :
- trop de lumière solaire et cela sèche !
- pas assez et les réserves d'énergie ne suffiront pas,
- pas assez de matière (feuilles très petites) et les masses de cellules ne grandiront pas,
- et puis tout ça, c'est de la nourriture pour les moisissures qui profitent de la moindre faiblesse pour pénétrer la plante ; il faut donc un air assez humide mais pas saturé.

Je vous donne tous ces conseils pour éviter ou comprendre les erreurs mais en général cela se fait très facilement.

Contrairement à ce qu'on lit parfois, le substrat n'a, à ce stade, absolument aucune importance : tourbe pure, avec perlite ou non, spaigne hachée très finement... Il suffit qu'il soit humide, acide et fin.Retour en haut de page

La bouture de feuille avec méristème axillaire

Si la feuille n'a pas de racine, elle en produira une mais cela demande plus de temps et d'énergie et, entre temps, la bouture risque de se déshydrater, ce que justement la racine permet d'éviter. Il faut donc prendre impérativement les précautions habituelles aux boutures pour prévenir ce risque : augmenter l'humidité atmosphèrique, ce qui augmente aussi les risques de moisissure et peut nécessiter un traitement fongicide... La luminosité (PAS le soleil !) doit être élevée, tout comme la température. Je préfère personnellement laisser des feuilles sans racine fixées sur une voisine qui en possède une, pour garantir une hydratation régulière. De toutes façons, le besoin se faisant sentir des racines apparaîtront, le tout est qu'elles en aient le temps...
La zone d'insertion de la feuille comporte un méristème dit axillaire, mot de même racine que "aisselle" car effectivement il apparait sur la tige (ici un rhizome) à l'aisselle de la feuille. Il donnera une pousse mais guère plus parce qu'il est formé déjà des masses cellulaires qui vont donner un bourgeon. Au sens strict, ce méristème ne fait donc pas partie de la feuille, simplement il se détache parfois avec elle. A l'oeil nu, c'est très difficile à discerner car tous les tissus sont blancs. C'est en quelque sorte une bouture de rhizome minimaliste, qui ne va grandir que grâce aux réserve d'une seule feuille...
Beaucoup de gens nomment "écaille" ce reste de feuille à la base : cela n'a rien à voir car une écaille est une feuille atrophiée sur une tige, pas le reste d'une feuille plus grande dont le reste a disparu ! On connait bien par exemple les écailles sur les asperges, et globalement celles qui protègent les bourgeons.
Il est important et très peu connu (comme d'habitude à l'heure où j'écris...) que seuls ces bourgeons axillaires sont garants de la conformité du plant obtenu. C'est évident pour la variété "Spotty" mais la variation somaclonale est toujours susceptible d'altérer la génétique originelle quand on passe par la technique suivante.
Si la feuille a été cassée sans sa base, il n'y a plus de méristème axillaire et l'on peut se trouver quelquefois dans le cas suivant.Retour en haut de page

La bouture de feuilles sans méristème axillaire

Elle s'utilise exactement de la même manière et la littérature ne fait pas de différence avec la précédente. Pourtant, ce qui se passe est très particulier. Il ne s'agit pas d'une feuille qui produit une plantule à partir du méristème fixé sur sa base, plus ou moins déjà prêt à pousser, mais un grand nombre de plantules qui apparaissent sur la feuille sans aucun méristème originel. On peut se retrouver dans cette situation notamment lorsque la feuille s'est cassée trop haut...
Comme pour les Drosera, une feuille couchée sur la tourbe peut produire des plantules mais la plupart ne donneront rien. Après des années de culture (1987) et en lumière naturelle, je n'ai observé ce phénomène que dans la partie inférieure de la feuille, habituellement enfouie, le vrai pétiole, à de rares exceptions près (ci-dessous). En lumière artificielle la totalité de la feuille sauf le piège peuvent produire des plantules, y compris parfois le dos de la feuille ou l'attache du piège. Un livre de Baffray montre bien un schéma avec de telles productions sur le piège lui-même mais, curieusement, aucune photo n'a jamais été présentée nulle part ! La spécialisation de cette partie exclue sans doute la présence ou l'apparition de cellules totipotentes.

Pour obtenir beaucoup de plants sans léser le pied père, le meilleur moyen consiste à utiliser les feuilles dont le piège n'est plus fonctionnel ou, mieux encore, la base imbriquée d'une feuilles qui a perdu sa parti haute mais comporte une racine. La base des feuilles peut très facilement être séparée dans ces conditions. (Feuille ancienne ne veut pas dire moribonde...)

Le cas des sections de feuille
On peut aussi observer, quelquefois, des pousses sur la section du pétiole (le vrai, à la base) : vous enlevez une feuille morte en tirant mais la base est toujours solide et bien vivante et se casse au ras du sol. Quelques semaines après, la section se couvre de plantules. Cela arrive en particulier quand il n'y a plus de feuilles, ce qui stimule les cellules totipotentes. J'ai vu des rhizomes dont pratiquement toutes les feuilles avaient été sectionnées au ras se couvrir de plantules au niveau de la section même et non sur le coté. Il faut comprendre que les cellules sont là dans d'excellentes conditions :
- elles sont nourries par la base formée de cellules dans l'ombre donc sans source inépuisable d'énergie mais avec un excès d'eau et de sels minéraux, de matière première si vous voulez,
- elles reçoivent l'énergie de la lumière donc les plantules pourront se développer,
- accessoirement elles peuvent plus facilement échanger des gaz (oxygène ou gaz carbonique selon le moment) tout en restant humides.
Le paradis pour une plante verte, quoi ! Le manque de feuille et plus spécialement de pousses terminales modifie l'équilibre hormonal de la plante, qui va se mettre à compenser en produisant beaucoup de rejets.

Résultats
Nous voyons des plantules directement sur le limbe et observés avec la variété horticole "Fused Tooth", qui semble produire facilement ce phénomène. Cela semble d'autant plus efficace que l'on s'éloigne du piège d'où mon scepticisme avec le dessin du livre de Baffray. Je n'ai rencontré qu'un seul cas qui s'en rapproche, avec des feuilles de "Cross Teeth" : les pousses se sont formées à divers endroit de la feuille jusqu'au niveau... de l'attache du piège !
Voici différents stades :

En été 2004, j'ai aussi obtenu le phénomène avec la variété "Funnel Trap" qui était encore rare.

On remarquera aussi que de telles boutures produisent, au début de leur formation, des feuilles sans piège, ce qui montre bien que la priorité n'est pas le besoin de sels minéraux mais bien la photosynthèse. Cela montre aussi que ce qui est appelé presque partout "pétiole" n'en est pas un puisque l'on aurait un pétiole sans limbe, ce qui n'a pas beaucoup de sens puisque, par définition, le pétiole est facultatif mais pas le limbe.

La multiplication à partir des feuilles de la Dionée souffre d'un phénomène de "nanisation" que ce soit in vivo ou in vitro (ci-dessous) : les plants ont du mal à redonner des plantes aussi grandes et il ne faut pas hésiter à éliminer les plants "dégénérés". L'aspect rappelle celui des plantules issus de graines mais ce n'est qu'une illusion et le terme "jeune plant" est inexact : l'âge réel est compté depuis la germination initiale, qui peut remonter à des dizaines d'années.

Enfin, signalons que cette "néoformation" de méristème à partir de cellules différenciées (c'est-à-dire déjà pleinement fonctionnelles, "non embryonnaires") ne reproduit pas forcément exactement le plant initial. Les cellules en se différenciant modifie l'expression des gènes, comme dans n'importe quel tissus, mais la dédifférenciation n'est pas exactement le chemin inverse. Elle consiste à réactiver au minimum les gènes nécessaires à la formation du méristème qui, lui-même, est apte à produire une plante... Il y a des gènes non vitaux qui peuvent être laissés tels quels. Ceci est visible par exemple dans le cas de gènes controlant l'expression de la couleurs, mais cela doit se produire aussi dans d'autres cas plus discret. Un cas célèbre est celui du cultivar "Spotty", une forme verte tachetée de rouge.

Quand séparer les pousses
Si des rosettes de feuilles se sont formées et qu'elles se sont enracinées, vous pouvez les séparer sans problème, tout en laissant les autres. Il faut prendre garde, toutefois, que les rosettes soient, elles aussi bien, bien développées car les racines apportent des sels minéraux et surtout de l'eau mais pas les sucres nécessaires à la croissance. Pour éviter une séparation trop précoce, il est souvent possible de déposer un peu de tourbe pour envelopper les racines encore aériennes, conserver les avantages sans les inconvénients. Inversement, il ne faut pas tarder non plus à séparer car les feuilles demandent de l'air et de la lumière, finissent pas se gêner.
PS : le problème ne se pose pas vraiment dans le cas des boutures de rhizome ou de feuille avec méristème axillaire car il n'y a pas vraiment de séparation. Dans le premier cas on coupe le rhizome riche en réserves, dans l'autre la pousse unique s'enracine pendant sa croissance tandis que la feuille se vide lentement.Retour en haut de page

La culture in vitro

Elle concerne les "spécialistes" mais des kits existent dans le commerce.
Je ne l'ai jamais pratiquée avec des plantes mais seulement avec des tissus animaux, beaucoup plus difficile d'ailleurs ! Mais c'est prévu .

Cette technique est encore plus délicate que tout ce qui précède mais bien sûr encore plus productive. Une seule graine produit plusieurs plantules dans de bonne condition. Toutes les plantes des jardineries sont fabriquées ainsi en Hollande. Comme les poulets en batterie, elles ne font pas le poids (dans tous les sens du terme) face aux plantes multipliées plus lentement mais dans des conditions normales. Ces êtres naissent dans des milieux stérilisés et sous hormones de synthèse. Ils n'ont aucune résistance aux moindres écarts, de température en particulier, et aux maladies. Il faut donc ménager une période transitoire qui les habitue progressivement à une vie normale. Le non-respect de cela provoque parfois la mort de plantes achetées par correspondance quelques semaines après leur arrivée.
Cela marche avec des graines et comme les racines trouvent autant de nourriture que la plantule peut assimiler, cela pousse très vite.
Cela marche aussi avec des morceaux de plante, grâce encore à nos petites cellules totipotentes (voir plus haut).

Comme dans ces pages je ne parle que de ce que j'ai expérimenté vraiment, je ne m'étendrai pas... Vous trouverez facilement plus d'infos techniques sur le Net. Un excellent article est celui écrit par Jacques BOULAY mais certaines considérations datent un peu, comme dans beaucoup d'anciens articles parus dans les bulletins de l'association Dionée. (Exemple : nécessité d'une période de dormance pour les graines de Sarracenia, ce qui est faux...)

Dans l'article cité est conseillé le milieu classique de KNUDSON stérilisé. Ce milieu est déséquilibré et le milieu MS est préférable à long terme.

Les graines sont aseptisées par trois bains successifs dans du mercryl laurylé (pendant 10 mn), un produit pharmaceutique classique qui est aussi un agent mouillant facilitant l'action du suivant, l'hypochlorite de calcium (à 1 à 10 % pendant 7 mn) utilisé par exemple pour désinfecter l'eau potable ou les piscines. A la rigueur l'eau de Javel à 1 % pendant 20 mn peut convenir. Le NaDCC peut aussi être utilisé comme agent chlorant. Les traces de chlore, toxique, sont enlevées par rinçage dans de l'eau distillée stérilisée (5 mn). La transplantation se fait immédiatement.

Des morceaux de feuilles peuvent aussi être utilisés. Dans tous les cas, il faut faire varier un peu les durées de traitement d'un lot à l'autre pour augmenter les chances de réussites. Trop rapides ou trop lentes, elles donneront respectivement des milieux et plantes décomposés ou envahis par des germes ou des tissus brûlés par le chlore... Je pense que 15 à 20 mn dans l'hypochlorite doivent être préférables pour une bonne désinfection : c'est une durée conseillée pour les Orchidées et les Dionée ne sont pas moins résistantes, au contraire... Les feuilles sont bien sûr beaucoup plus sensibles à ces produits que les graines.

Les opérations sont réalisées en milieu stérile, c'est-à-dire au maximum à 10-15 cm d'une flamme. A cette distance, les spores ne peuvent se déposer à cause du courant d'air ascendant annulaire produit, en partie stérilisé par la chaleur (infrarouge et convection). Le matériel, les milieux et l'eau distillée sont stérilisés par l'amateur dans une cocotte-minute pendant 30 à 60 mn.

Les Dionée se multiplient déjà à l'état naturel de manière asexuée, ce n'est donc pas une plante difficile pour cette technique. Il faut toutefois surveiller l'apparition d'une coloration violacée autour des plantes, produite par des dérivées phénoliques. Ces substances sont des mécanismes de défense des plantes (ils sont désinfectants) mais sont inhibiteurs de la croissance ;-(. Il est grand temps alors de transplanter dans un autre milieu stérile ou de tenter une sortie en milieu normal.

On peut théoriquement obtenir des masses de cellules anarchiques, appeler "cal" mais c'est très difficile avec la Dionée. On peut essayer de les organiser avec des hormones pour produire des plantules, faire des combinaisons d'hormones inexistantes dans la nature et produire des plantes complètement "explosées" génétiquement. Les gènes de régulations se détraquent, quelquefois définitivement, et les plantes obtenues montrent des phénomènes surprenants, voire délirants. Ce sont les quelques variétés horticoles ayant des anomalies de formes, en particulier. Voir page sur les variations de Dionée.

Comme dit précédemment, il y a fréquemment un problème de nanisation des plantes résultantes.

Si vous en savez plus, écrivez-moi.

C'est manipulation avec les plantes carnivores sont peut-être jouer à l'apprenti sorcier mais, jusqu'à présent en tout cas, nous n'avons enregistré aucun disparu . Retour en haut de page