La nutrition
des
plantes carnivores

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Mise à jour : samedi 18 décembre, 2010

Seront traités ici dans les Généralités le rôle de la nutrition, puis le nourrissage qui utilise les Les proies naturelles, leur utilisation et enfin Les substituts alimentaires que vous pouvez utiliser.
C'est vraiment la question classique : doit-on leur donner à manger ? quoi, le cas échéant ? Faisons le point.

A signaler que l'usage de la nourriture, extrèmement bénéfique aux plantes, est très délicat en terrarium car celle-ci peut pourrir plus vite qu'elle ne peut être digérée. On peut donc perdre des plantes et certains arrivent même à déconseiller cette pratique : c'est pourtant une erreur "grave" de généraliser à partir de cette seule expérience...
Cela reste toutefois très délicat pour le Cephalotus, le Darlingtonia : je ne nourris jamais les beaux pièges et ajoute toujours un traitement fongicide...
De nombreuses expériences me confortent dans mon point de vue : sous réserve de na pas "dépasser les bornes", le problème n'est pas l'alimentation, ce pour quoi elles sont tout de même conçues ! mais la mauvaise aération : le nourrissage provoque alors une fermentation qu'elles ne supportent pas.

Ainsi, une Dionée subira un affaiblissement lors de la floraison sauf si elle est nourrie, une Grassette qui ne grandissait pas depuis des années doublera de taille en un ou deux mois, un semis de Drosera, de Dionée, grandira quatre ou cinq fois plus vite, etc. J'observe cela tous les ans depuis de nombreuses années... J'ai tout de même des "plantes records" avec fréquemment des pièges de Dionée de plus de 44 mm (sans les dents) comme dans la photo ci-dessous. Le maximum que j'ai obtenu à ce jour est des machoires de 53-54 mm - la photo viendra - et des urnes de Sarracenia de 104 cm alors qu'avoir de grandes plantes n'est même pas mon but.

Dionée géante GC4
Dionée 'South West Giant'
En 2009, deux pièges records de plus de 5 cm ! (South West Giant)
Dionée 'GC4'
En 2009 également, un piège record de 5.15 cm (GC4)

Une règle de bon sens : ne jamais utiliser de proies si grosses qu'elles n'auraient pu être attrapées facilement.

© 2008 CarniBase

Généralités

Les botanistes ont mis très longtemps avant d'accepter l'existence de plantes "carnivores", même longtemps après Darwin, pour qui cela ne faisait aucun doute à la suite de ses éxpériences. Même le terme "carnivore" passe encore mal.
On lui préfère le terme "insectivores", ce qui montre une méconnaissance complète de ce qui se passe vraiment. Les aliments ne sont pas forcément des insectes mais aussi des Crustacées, des Mollusques, des Copépodes, des Ciliés microscopiques, des Nématodes, du pollen et de manière anecdotique les animaux qui se noient dans les urnes géantes de certains Nepenthes comme des petits rats, des lézards... Il m'est arrivé un drôle de truc avec un Sarracenia flava (voir encart).

J'ai remarqué un jour dans ma serre une urne assez grande (50 cm environ) de S. flava rugelli qui était bizarrement en fin de vie alors que c'était l'été. J'ai pensé qu'elle avait du vraiment manger beaucoup. En regardant de près, j'ai remarqué qu'une couche impressionnante de fourmis, mortes. Je me suis dit que c'était l'occsion de faire une photo intéressante pour le site...

Je découpe une fenêtre dans l'urne dans le sens longitudinal en fendant depuis le sommet. Je trouvais que ça sentait mauvais pour juste quelques fourmis et suspectais la présence de gros insectes : il suffit parfois qu'une femelle tombe pour qu'elle attire en plus les mâles du coin... Je découvre alors le corps en putréfaction d'un Lézard des Muraille ! Mince, justement une photo en cours . Je repense à cet article de la souris tombée dans une urne au Jardin botanique de Lyon, qui était même passé au JT...

Lézard piégé dans une urne carnivore de Sarracenia !

Je dégage donc encore un peu le corps de l'animal. Il était peut-être tombé là attiré par les fourmis, sa nourriture préférée ? En tout cas, il avait plongé la tête la première et n'avait pas pu remonter.

En dégageant encore un peu, je remarque comme une mue, un peu de peau un peu plus bas, mais le lambeau est quand même large, ne correspond pas à la tête. Vu l'exiguïté, je ne voyais pas trop comment il était descendu, je découpe donc encore plus bas pour poursuivre ma petite enquète. Surprise incroyable : un deuxième lézard était tombé en premier ! Ce n'est pas la première fois que je trouve les restes d'un lézard mais deux à la fois... La raison est un mytère, mais sans doute une histoire d'attraction sexuelle :

Il y avait deux lézards piégés dans l'urne !
Voici le premier lézard tombé dans le piège.
Montage montrant en même temps les deux lézards en cours de digestion.

Qu'une plante puisse produire des sucs digestifs nous semble difficile à concevoir, tant cette fonction nous semble animale. En réalité, il s'agit d'un mécanisme fondamental des cellules vivantes. Pour leur propre "maintenance" elles doivent être capables de détruire leurs "pièces usées". Comme elles n'ont guère de moyens pour les distinguer des saines, tout est nettoyé régulièrement. D'un coté on synthétise, de l'autre on détruit, dans un flux permanent qui est celui de la vie. Des organites tout juste formés peuvent donc être attaqués tout juste après. Ce travail est fait par des vésicules pleines de subtances corrosives qui avalent littéralement ces éléments. Si les substances se spécialisent davantage et sont libérées en dehors de la cellule on a très exactement une sécrétion digestive.

Il ne manquent plus qu'une fonction d'absorption du résultat de la digestion. Les plantes vertes peuvent généralement absorber des sels minéraux par leur feuillage, d'où l'emploi des engrais foliaires par exemple. Il y a donc une transition très lente entre des plantes qui engluent de petits animaux pour s'en protéger, obteniennent parfois ses sels minéraux lors de leur décomposition naturelle (elles ne sont pas considérées comme carnivores) et celles qui ont développé  des mécanismes manifestement actifs de capture (Dionée...) accompagnés d'enzymes digestives. Entre les deux extrèmes on trouve des plantes avec des formes nettement spécialisées dans le piégeage mais sans digestion proprement dite, comme c'est le cas pour la très belle Darlingtonia : les insectes se décomposent dans la plante grace à des bactéries et le jus riche en sels minéraux, qui sort de la masse, est absorbé tout comme le serait l'eau dans le sol pour une autre plante. La Cardère que l'on trouve au bord de nos fossés et qui ressemble à un chardon de deux mètres de haut, est classé également dans ce groupe depuis peu. Le pétiole de chaque feuille entoure la tige et se fusionne avec celui de la feuille opposée en formant un réceptacle pour l'eau, d'où le nom vernaculaire de Cabaret des Oiseaux. On parle de feuilles connées. Le système fonctionne très bien... Chez d'autres plantes génétiquement proches des Darlingtonia, les Sarracenia, des enzymes sont apparus pour accélerer le processus de décomposition et l'on peut parler vraiment de digestion, mais le piège est encore immobile.

Le Roridula est une plante carnivore également intermédiaire qui est capable d'attaper des insectes grâce à des poils un peu comme ceux des Drosera. Ces poils ne comportent pas une glue filante comme ces dernières mais plutôt poisseuse. Mais le plus important c'est qu'elle ne savent pas digérer les proies ! Elles ne peuvent pas non plus profiter d'une décomposition naturelle car elles ne trempent pas dans un liquide ! Le plus extraordinaire, c'est que cette plante n'est tout simplement pas carnivore TOUTE SEULE ! Elle se fait squatter par un drôle d'insecte assez craintif, de la famille des Punaises, qui, elles, se nourrissent des proies. (Voir quelques photos ici.) Ce sont les excréments de cette punaise qui sont assimilable par les feuilles ! Je ne nourris donc pas ma Roridula gorgonias mais je la vaporise avec le même engrais que j'utilise pour mes Orchidées. Le résultat est excellent, les feuilles sont bien vertes et grandissent vite. Je fais juste attention à enlever le pot et vaporiser le produit en veillant à ce qu'il n'y en ait pas sur les autres plantes et la tourbe.

Les Grassettes (genre Pinguicula) digèrent tout ce qui est retenu sur leurs feuilles collantes : petites insectes comme les Aleurodes, moucherons... mais aussi des grains de pollen, riches en protéines.

Au niveau de leur métabolisme, il n'y a pas de différence entre les plantes carnivores et celles qui ne le sont pas. La séparation est loin d'être évidente, d'ailleurs. Ce qui diffère, ce sont les mécanismes d'obtention des nutriments.

Les aliments sont donc décomposés d'une manière ou d'une autre et les plantes en obtiennent ce qu'elles ne trouvent pas dans le sol, à savoir les trois éléments essentiels que l'on trouve dans les engrais : NPK (azote, phosphore, potassium), et des oligo-éléments, c-à-d des éléments chimiques en faible quantité mais indispensables. Ce qui différentie les plantes vertes carnivores des animaux est qu'elles ne dépendent pas du carbone présent dans l'alimentation puisqu'elles le trouvent dans l'air (CO2) comme toute plante verte. Évidemment, ce n'est pas pour autant un poison pour elles et il y a du carbone absorbé, au moins en même temps que l'azote pour une raison simple : lors de la digestion, les proteines sont décomposées dans leurs éléments de base, les acides aminés. Ces derniers contiennent de l'azote (-NH2 est la fonction amine qui contient un atome d'azote, le "N") qui intéresse la plante mais aussi un support carboné, ne serait-ce que par la fonction acide organique (-COOH, avec un atome de carbone, C, comme on le voit). Les substances carbonées que sont les sucres, les graisses ne présentent pas d'intérêt majeur pour la plante. Les lipides richent en phosphore (phospho-lipides) sont, pas contre, utiles. Le problème des vitamines (et autre co-enzymes) est encore plus complexe car elles transportent parfois des atomes métalliques comme le cobalt, le magnésium, etc. Idem pour les transporteurs de l'oxygène et du gaz carbonique (hémoglobine, cyanhémoglobine, etc.) riches en fer, cuivre... Elles transportent donc des oligo-éléments mais n'ont pas d'intérêt elles mêmes car les plantes en font très bien la synthèse.
Ainsi, on comprend que la destruction maximale des structures de l'aliment est indispensable afin de libérer les moindres traces de sels minéraux : il y a donc souvent des enzymes digestifs spécialisés dans la décomposition des sucres ou des graisses mais leur but n'est pas la récupération de l'essentiel de ce qu'ils produisent mais des résidus "métalliques".
Le résultat de ces décompositions va traverser la paroi du piège, tranporté par l'eau, et circuler dans le système vasculaire de la plante exactement comme s'il provenait des racines (ou d'un lieu de stockage comme certaines tiges ou feuilles modifiées). Aucune adaptation n'est donc nécessaire à ce niveau et ne se trouve donc observable, à ma connaissance.
Ainsi, les sucres (ou les lipides) pénètrent dans la plante s'ils n'ont pas été consommés par des bactéries (qui en sont avides) et se mêlent à la production propre dûe à la photosynthèse, mais fonctionnellement cela n'a pas beaucoup d'intérêt : ces substances sont naturellement en excédent dans les plantes vertes. Je n'ai pas beaucoup d'infos sur le sujet (et vous ?) et ce n'est pas très important. Pour donner une image, il est question d'oxygène et de gaz carbonique dans notre respiration mais pas de l'azote, pourtant, nous ne pourrions pas respirer longtemps de l'oxygène pur et il y a 80 % d'azote dans l'air : celui-ci pénètre librement dans notre système sanguin par les poumon mais "personne"' n'en parle ! Pourquoi ? parce que ce n'est pas l'essentiel au niveau de la fonction respiratoire. Nous devons éliminer le gaz carbonique et renouveller notre oxygène, comme la plante verte doit absolument obtenir ce qui lui manque : eau et sels minéraux.

A noter que ces plantes vertes carnivores sont toujours capables d'absorber les sels minéraux par leur racine ou par la totalité de leur corps pour celles qui n'en disposent pas (Aldrovanda, utriculaires aquatiques...) et qu'elles ne vivent pas sans lumière alors que, théoriquement, elle pourraient tirer leur énergie, comme nous, des aliments...

Cela m'amène à rappeler, pour être exhaustif, qu'il ne faudrait pas oublier non plus les cinq cents espèces de plantes carnivores qui ne sont pas des plantes vertes (d'où l'adjectif inhabituel que j'ai utilisé) mais des champignons... Eux se passent parfaitement de lumière. La différence entre les champigons carnivores et les autres réside encore dans l'existence d'une véritable capture de proies vivantes - par exemple des Nématodes, ces espèces de "micro-spaghettis" que l'on peut voir dans le sol, très nocifs aux cultures. Les autres champigons "non carnivores" se nourrisent de matière organique morte ou vivante mais sans aucun piège. Ceux qui attaquent notre peau ne sont pas carnivore mais des parasites. La digestion est donc banale pour ces plantes, elle est classique d'autant plus que ces plantes sont connus pour leur richesse exceptionnelle en variété d'enzymes.
Ces champignons sont utilisés dans l'agriculture biologique dont il a été question plus haut.

Les proies naturelles, leur utilisation

La plupart des insectes du jardin sont utilisables vivants pour les Dionées. Les Guèpes, Scarabées et autres gros coléoptères sont à exclure - ils parviennent toujours à en ressortir. Les Guèpes peuvent la plupart du temps transpercer les urnes de Sarracenia, pour peu qu'un insecte soit digéré et collé à l'intérieur, offrant ainsi une prise... J'en ai quelquefois observées, sur des lilas, en train de découper des feuilles (de face, comme avec une scie sauteuse !) et d'en extraire un gros confeti destiné à leur nid. Les Sauterelles, Grillons, etc. vivants sont aussi à éliminer pour la même raison, mais il est facile de les décapiter en glissant une pince ou une lame fine derrière la tête, un peu comme le fait la Mante religieuse.

Merci d'exclure des animaux comme les Araignées, prédatrices si utiles pour réguler la population d'insectes. Évidemment, il arrive accidentellement d'en tuer, elles sont par exemple très fragiles à la manipulation. Dans ce cas elles sont une nourriture riche, trop concentrée en fait. A remarquer qu'elle aiment squatter les urnes des Sarracenia, où elles attendent les insectes. La photo N°3 montre une Araignée-crabe blanche, la Misumène variable (Misumena vatia), qui a attrapé un Syrphe (voir plus bas), une proie fréquente des Sarracenia. On constate un triple mimétisme dans ce document, ce qui est unique me semble-t-il : la plante imite la blancheur des fleurs pour attirer des insectes, le Syrphe imite les Guèpes et Abeilles pour faire fuir nombre de prédateurs, la Misumène imite la blancheur des pétales de fleur et s'adapte très bien à ces urnes blanches ! Cette araignée est capable de changer de couleur, du bleu pâle violacé, rose, au jaune. (Il existe aussi une Araignée-crabe ressemblante mais avec un abdomen très différent, tout en bosses : la (vraie) Thomise Thomisus onustus.)

Les Punaises des bois, appelées aussi Gendarmes à cause du dessin noir sur fond rouge sur leur dos et qui forme un visage et l'ancien chapeau de la maréchaussée. Ces insectes sont faciles à repérer sur certaines plantes, où ils vivent en colonies, sans pour autant sembler nuire en rien à l'hôte... Le grand intérêt réside dans le grand nombre de tailles que l'on peut trouver : ces animaux font partie des rares insectes à croissance sans stade larvaire. Les jeunes ressemblent aux adultes à part le dessin réduit qu'ils montrent, et leur taille bien sûr. Pour les petites boutures de Dionées, on peut utiliser des jeunes pour les plus petits pièges. Ces insectes sont très pratiques pour cet usage et très abondants dans les jardins, les parcs...

Les Drosophiles : mouche du vinaigre bien connues des vendangeurs et des généticiens en herbe, elles s'élèvent très facilement avec un peu de pomme cuite garnies de levure de bierre naturelle (levure de boulanger, fond de bierre blanche, dépot de surface des raisins). Sèches, elles s'utilisent comme les paillettes pour poisson. Il existe dans le commerce des souches incapables de voler qui sont plus pratiques à manipuler. Toutefois, elles sont très speed et sautent beaucoup . Si vous habitez, comme moi, dans une région viticole, vous pouvez attraper très facilement ce genre d'insecte pendant le mois d'octobre : elles prolifèrent à cause du raisin mûr. Une rondelle de banane, éventuellement avec un peu de levure de bierre et une goutte de vinaigre et vous les verrez foncer droit dessus, s'accoupler, pondre des oeufs blancs en forme de ballon dirigeable avec deux petites cornes, etc. Sachez que l'élevage au chaud (> 25 °C) produit des Drosophiles plus rapidement mais que les adultes sont bien plus petits : cela peut être utile pour les jeunes Drosera pygmés. Leurs yeux sont typiquement rouge vif, l'abdomen est rayé transversalement de brun comme une guèpe. Chez le mâle, les dernières rayures sont fusionnées ce qui donne une tâche noire terminale. De toute façon, vous allez vite voir qui court derrière qui .

Les Mouches à viande : si l'élevage vous dit... Si vous attrapez quelques mouches, vous ne pouvez pas savoir quel est sa nourriture exacte : laissez-les venir car les espèces viennent en fonction de l'état de putréfaction - ce qui est utilisé en médecine légale... Vous pourrez récupérer les pupes qui feront de bonnes gélules très digestes. Elle n'est pas très stimulante du point de vue chimique aussi je vous conseille de faire un minuscule trou d'épingle, mais pas trop grand car ce serait comme donner de la viande : trop de nutriment en peu de temps, une "indigestion" assurée. Vous pouvez aussi vous rabattre sur les magasins d'articles de pêche.

Syrphe drogué par le nectar d'un Sarracenia et qui reste posé dans la main...

Les Syrphes (mot masculin) volent souvent au-dessus des Sarracenia. Ces jolies mouches sont déguisées en Abeilles ou Guèpes par leur rayures jaunes et noires. Ils fécondent leurs fleurs et tombent souvent dans les urnes, dans lesquelles on les retrouvent, souvent ayant perdu en partie leurs couleurs vives. Leur abdomen est souvent très plat ou plein d'air, ces insectes ne paraissent pas très nourrissants... Certaines espèces (pas toutes) ont leurs larves qui s'attaquent aux pucerons : c'est un peu dommage....
Photo de gauche : un Syrphe drogué par le nectar d'un Sarracenia et qui reste posé dans la main... Voici également une belle page intéressante sur les Diptères syrphidés, avec de très belles illustrations :
http://aramel.free.fr/INSECTES15terterter.shtml.

Les Fourmis : bien que ce soit la nourriture naturelle des Cephalotus, il faut les éviter absolument pour les Drosera car leurs mâchoires font un vrai massacre parmi les tentacules. On peut en stocker une grande quantité en juin lorsqu'il y a les envolées nuptiales. Elles ont manifestement un fort pouvoir nutritif : collez-en une seule sur un Drosera pygmée et vous verrez la croissance par rapport aux voisins...
Les oeufs de fourmis (qui sont surtout des larves et des nymhes en réalité) peuvent également être utilisés pour les semis.

Les Faucheux : un jour, j'ai été surpris du nombre de Faucheux (Opillions) piégés naturellement par des Dionées. Lorsque l'on en trouve de temps à autre, on pourrait penser que c'est accidentel. Je n'ai observé une grande quantité qu'une seule fois mais le fait a été rapporté par Pierre Gélineaux. J'avais pensé que c'était aussi par hasard et dû à l'aplomb d'un mur d'où ils seraient tombés. Pourtant, ces animaux ne consomment pas de nectar, ce sont des Arachnides comme les Araignées et chassent souvent leurs proies sur les murs. J'ai essayé d'en savoir plus et il s'avère qu'ils consomment accessoirement des restes de nourritures comme des miettes de pain : on peut supposer qu'ils ont été attirés par des cadavres des proies sur les Dionées...

Les Abeilles : un essaim avait eu le malheur de s'installer dans les combes de mon domicile. Il était devenu énorme quand on s'en est aperçu ; les pompiers ont dû venir trois fois, c'est dire... J'ai eu ainsi un stock d'environ 1200 abeilles : même avec ma collection, j'en ai pour plusieurs années... Maintenant complètement desséchées, jJe les écrase légèrement dans l'eau entre les doigts pour les humidifier et activer plus facilement les capteurs chimiques des Dionées. De cette manière elles ne se réouvrent pas avant digestion (voir le fonctionnement du piège). Pour les petits pièges, j'utilise seulement la tête, le thorax ou l'abdomen. Si des pattes tombent, elles sont récupérées pour les Drosera pygmées . C'est là où les pinces brucelles sont indispensables .

Les Escargots et Limaces : une fois tués, on peut les mettre dans les grandes urnes à liquide, comme Sarranenia purpurea et Nepenthes. Il ne faut pas en abuser ni en mettre plusieurs dans la même urne. Laisser également quelques urnes vides par sécurité : s'il fait très chaud et que la proie est trop grosse on peut perdre le piège utilisé - très vite remplacé, toutefois, chez une plante bien nourrie. Les Dionées piègent quelquefois ces mollusques qui périssent sans doute asphyxiés. Lorsque j'utilise ce type de proies à corps mous il y a plus souvent des problèmes. Je pense que ces animaux sont digérés très vite et que les nutriments arrivent brutalement et très concentrés, ce qui "grille" le piège qui noircit, exactement comme si l'on donnait de la viande - à proscrire, bien sûr.

Escargot emprisonné et en partie digéré par une Dionée.

Pour les plantes aquatiques, la seule solution rationelle consiste à favoriser le développement des animalcules, essentiellement :

Les Daphnies : facile à élever dans l'eau froide. Se méfier vraiment du soleil car les Daphnies sont très sensibles au manque d'oxygène dont la concentration baisse avec la température. On les trouve dans tous les étangs. On les reconnait à leur manière de nager par à-coups verticalement puis en se laissant un peu couler. Une très petite rondelle de carotte crue fera leur régal, qui leur donnera une couleurs rose, en plus  mais il y a un risque de fermentation qui asphyxira ces animaux. Elles nettoient les plantes en les parcourant.
On peut les concentrer en les filtrant mais il faut veiller à ne jamais les retirer de l'eau, même une seconde : une bulle d'air se bloque entre les deux valves et l'animal meurt en restant bêtement flotter ! Bref, c'est l'eau en trop que l'on enlève...

 

Les Cyclops (et non Cyclopes comme on peut le lire...) : répérables aux ovaires externes comme des balanciers, chez les femelles bien sûr. Vous en éleverez sans doute avec les précédents et l'usage est le même. Ils sont très rapides et nagent de manière pulsée en pleine eau, dans toutes les directions.

Les Cypris : autres petits crustacées d'eau douce. Ressemblent aux Daphnies mais plus petits, verts foncés et avec une nage continue. Très prolifiques, résistent bien à la chaleur de l'eau. Ils ont un peu tendance à rester au fond (où l'on apprend facilement à les reconnaître) car ils y trouvent des débris végétaux microscopiques, des micro-algues...

Je n'ai pas parlé des vers de farine : ce n'est pas terrible ! On en trouve dans les magasins spécialisés pour la nourriture des animaux - reptiles, oisillons, etc. Une espèce appelé "Morio" (comme le papillon) est plus grosse mais demande de la chaleur pour l'élevage. Les animaux peuvent s'échapper des plantes s'ils sont vivants car ils sont très puissants et glissants. Gare aux mâchoires ! Morts, ils ont une forme peu pratique, à moins aussi de les découper ou de nourrir des Sarracenia, ce qui est franchement rarement nécessaire en dehors des terrariums. Ils sont faciles à élever sur du pain mais cela attire les mites qui pondent sur les flacons : leurs larves parviennent toujours à entrer et mangent le tout ! puis on est envahi et il devient très difficile de les éliminer ! Eh oui, on sent que c'est du vécu . Peut-être que je n'ai pas eu de chance...

Pour clore le chapitre, une petite remarque pratique : on se casse parfois la tête pour élever une espèce qui n'est pas forcément facile : n'hésitez pas à profiter des occasions ! Vous pouvez essayer d'élever une espèce d'insecte parmi les exemples donnés mais une bonne technique pragmatique consiste à tenter d'élever des insectes trouver par hasard dans son jardin, son domicile. Normalement les conditions d'élevage sont plus ou moins celles de "chez vous", leur nourriture est toute trouvée car ils sont dessus en général, etc. Un jour, j'ai laissé des fruits secs à l'air et j'ai constaté une invasion de Charançons. J'ai entretenu la colonie quelques temps et conservé les insectes minuscules pour les plantules. La carapace épaisse de l'animal ralentie la digestion ce qui limite les risques d'indigestion.

Les substituts alimentaires

La nourriture pour poissons : les paillettes sont pratiques pour les Drosera et les Pinguicula car on peut les effriter. Avec un peu d'eau, on peut coller deux ou trois paillettes pour les placer dans des pièges de Dionée. Je vous conseille de pincer ensuite le piège pour stimuler les capteurs à l'intérieur et déclencher les mécanismes de digestion.

Le lait : technique hollandaise pour les Sarracenia. Efficace mais rester raisonnable. Utilisable aussi sur des feuilles de Pinguicula ; il caille immédiatement sous l'action des enzymes, phénomène utilisé autrefois pour les fromages ou même encore par certains végétariens car il n'est plus nécessaire de tuer des animaux pour récupérer la presure. J'utilise parfois un peu de lait en poudre à 0% de matières grasses (elles ne sont pas utilisées pas la plantes mais s'oxydent et s'altèrent très vite) que j'hydrate avec un engrais pour Orchidées. Maintenir au sec car la moisissure envahit facilement le paquet si vous le laissez avec vos plantes. A essayer...

On m'a signalé récemment le pollen vendu par les apiculteurs. Ils sont riches en protéine, c'est vrai et l'utilisateur en était très content... Ce n'est pas tout à fait un subsititut alimentaire car c'est déjà une nourriture naturelle des Pinguicula, même si c'est peu connu. Donc on pourrait dire qu'il y a aussi des plantes omnivores !

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